Kubilai Khan investigations
Tiger Tiger Burning Bright-création 2012


Tiger Tiger Burning Bright // Teaser from Alban Van Wassenhove on Vimeo.




Aujourd’hui, tout devient toujours plus rapide.

L’expérience majeure de la modernité est, selon le sociologue allemand Hartmut Rosa, celle de l’accélération. Ce phénomène s’immisce dans toutes les sphères, aussi bien intimes que collectives, et déstabilise le devenir de l’individu et son rapport au monde.

Face à cette compression du présent, à la réduction des ressources temporelles, au raccourcissement des laps de temps entre chaque action de nos vies, face à cette instabilité croissante des horizons temporels, nous avons parfois le sentiment de nous retrouver sur des pentes qui s’éboulent, de courir aussi vite que possible sans pour autant avancer, voire stagner.

Sommes-nous, par ces nouvelles poussées accélératrices, à un point de rupture où se produit un renversement de nos rapports à nos sociétés, tant individuellement que collectivement? Cette odyssée de la vitesse est-elle arrivée à une limite? Sommes-nous au seuil d’une rupture anthropologique de nos sociétés, dans une modification importante de nos identités? Quelles sont les configurations à venir?

En ces temps de changements permanents qui conduisent la société dans une éternelle « éphémérité » et favorise toujours plus de ramifications, d’entrelacements, de combinaisons, Tiger Tiger Burning Bright porte un regard sur la vie des villes et leurs chantiers. Ici, les vitesses sont des fils conducteurs, vitesses d'évasions, de transmissions, vitesses limites ou minimales, vertiges et virtuosités, tout autant que points d'abîmes. Entre plaisirs cinétiques, phénomènes d’immobilisation, de pétrification, d’hyperexcitabilité et construction de nouvelles aspirations, cette pièce questionne la place de nos corps, de nos consciences et de nos désirs dans le tissu social et urbain.

Le Monde, article de Rosita Boisseau

Article de Kiem Van Tim

DISTRIBUTION

Conception, chorégraphie - Frank Micheletti
Danseurs: - Viktoria Andersson, Idio Chichava, Peter Juhasz, Ikue Nakagawa,Sara Tan, Csaba Varga
Musique mixée par Frank Micheletti
Création lumières - Ivan Mathis
Costumière - Alexandra Bertaut

PRODUCTION

Kubilai Khan investigations

COPRODUCTIONS

Le Centre National de Création et diffusion Culturelles de Châteauvallon,
Le Manège Scène nationale de Maubeuge,
Mâcon Scène nationale,
Avec le soutien du réseau Escales Danse en Val d’Oise grâce à la participation du Conseil général du Val d’Oise et du Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Ile-de-France,
Le Réseau Escales danse en Val d’Oise : L’Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise - l’Espace Germinal de Fosses - le Théâtre Paul Eluard, scène conventionnée plateau pour la danse de Bezons - le Centre culturel de Taverny et l’ADIAM Val d’Oise.
Avec le soutien du Conseil général du Val d'Oise,
Avec le soutien du Ballet national de Marseille dans le cadre de l’accueil studio,
Avec le soutien de l’Association Beaumarchais-SACD.

ACCUEIL EN RESIDENCE

Réseau Escales danse en Val d’Oise (Espace Germinal à Fosses, L’apostrophe Scène Nationale de Cergy et du Val d'Oise, Théâtre Paul Eluard à Bezons), CNCDC de Châteauvallon, Ballet National de Marseille


Texte d'intention

A comme accélération

« …Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée… "

Dans le monde d’aujourd’hui tout devient toujours plus rapide. L’expérience majeure de la modernité, selon le sociologue allemand Hartmut Rosa, est celle de l’accélération. Ces accélérations touchent toutes les sphères intimes et collectives, et ont tendance à volatiliser tout ce qui est solide en créant des « détemporalisations » ainsi que des « désynchronisations » qui déstabilisent le devenir de l’individu et son rapport au monde. Ces phénomènes d’accélération sont aussi porteurs de contre tendances paradoxales, d’immobilisations, de pétrifications, d’hyperexcitabilités, de réactions rétrogrades et conservatrices, de refus, de résistances, de dépendances et de désintégrations sociales.

Nous vivons dans l’espace chaque jour plus étendu des concentrations urbaines. Les villes bougent, elles sont les territoires favoris de ces mises en mouvements incessants dont le moteur est la domination du plus rapide. Terrains propices à la vitesse, où le temps compte de plus en plus, les villes voient leurs espaces se compresser et la perception que nous en avons s’amenuiser.

Face à cette compression du présent, à la réduction des ressources temporelles, au raccourcissement des laps de temps entre chaque action de nos vies, face à cette instabilité croissante des horizons temporels, nous avons parfois le sentiment de nous retrouver sur des pentes qui s’éboulent, de courir aussi vite que possible juste pour rester à la même place. Nous manquons d’air. Nous sommes aspirés, captifs, autos asservies, en pilotage automatique, indifférents à nous-mêmes…

D’un autre côté, la vitesse et les possibilités d’accélération permettent que les choses tiennent ensemble. Cette odyssée de la vitesse, cette odyssée du capitalisme mondialisant à toute vitesse est-il arrivé à une limite? Sommes-nous au seuil d’une rupture anthropologique de nos sociétés, dans une modification importante de nos identités?

De cette accélération constante vécue dans les villes, il s’agira d’explorer les phénomènes liés à ce dynamisme : fluidité, nouvelle sociabilité, stimulations multiples, mais aussi d’en tester les limites : tension, agitation, trouble, pression… De ces états du sensible se dessineront des trajectoires individuelles et collectives, un questionnement de la place de nos corps, de nos consciences, de nos désirs, dans le tissu social, dans le corps urbain.


A comme accès

À l’écoute de ce présent qui s’accélère, qui s’invente et parfois se noie dans les flux réglés et déréglés de l’avenir, nous allons observer ce dynamisme social, technologique, scientifique, et les conséquences produites sur nos corps. Il s’agit aussi de questionner notre capacité à agir, à maintenir une conscience et un langage où se dévoilent nos puissances de vies comme nos fragilités et nos failles. Face aux changements engendrés par les accélérations, comment s’y retrouver? Comment partager ces nouveaux modes d’existence et suivre les stratégies intimes et collectives se profilant dans la construction d’un renouveau ?

Ce monde technologique de plus en plus sophistiqué infléchit-il seulement en surface nos comportements? Comment l’environnement contemporain transforme-t-il nos apparences, nos identités, nos relations en tant qu’individu, en tant que collectif?

Quelles sont les configurations à venir? Cette intensification du contact direct englobant et enveloppant, avec la technosphère nous offre-t-elle une corporéité plus étendue? Une intimité se créée, une tension sensible du corps avec la technique, une recherche de fusion. Que produit cette architecture technologique sur le vivre ensemble? Tout change donc, mais ces changements s’opèrent à des vitesses et des rythmes très variables. Dans ce temps du changement permanent qui conduit la société dans une éternelle « éphémérité » et favorise toujours plus de ramifications d’entrelacements de combinaisons, nous regarderons la vie des villes et leurs chantiers.

La ville comme substance de déplacement constant, toujours entre désassemblage et remaniement, reconversion et ré-assemblage, objet de multiples opérations, systèmes techniques ne cessant plus de les transformer. Fouillées, retournées, labourées, manipulées, saturées, les villes sont mises hors d'elles-mêmes.



A comme aiguiser

« Cette mer saumâtre, le genre humain, abîme de curiosité, tempête d’orgueil, fluide instable »

Nous sommes aujourd’hui sur une ligne de crête. Comment relie-t-on notre vie intérieure au reste du monde? Qui a-t-il a l’intérieur de soi? Que faire de notre vulnérabilité? Et si chaque individu a le sentiment qu’il possède en lui-même une parcelle de tous les mondes, que révèle cette conscience élargie? La modernité a sans doute renouvelé et multiplié les figures du sujet, a ouvert dans le rapport de chacun à lui même un champ de possibles et perturbé aussi les frontières de l’intérieur à l’extérieur. Aller dans cette présence à soi pour observer cette double dynamique : celle qui bascule, qui renvoie au contact vers l’extérieur, et celle qui plie le dehors dans le dedans, qui se déploie dans l’intérieur du corps (corps habités, corps secoués…)…

Allons-nous vers une probable dissolution du sujet, une perte de son autonomie, avec l’émergence d’une humanité toujours plus infléchie par le pliage algorithmique ? Est-ce que le hasard, l’indétermination, l’imprévisible vont-ils s’estomper pour les modalités administrées et gouvernées par des supers calculateurs, des simulateurs du monde? Mais au-delà, l’être n’est pas seulement en soi, il est aussi contiguïté, contact, tension torsion croisement, dans l’entrelacs social complexe et dynamique composé des êtres et des choses. Où en sommes nous? Où sommes nous? La où nous sommes. Parfois débordés ou déconcertés par toutes les formes et allures autour de nous, parfois résistants parfois acceptants, l’entaille qui s’ouvre.


A comme amplifications, accentuations

« Le son n’a pas de face cachée, il est tout devant derrière et dehors dedans, sens dessus dessous… »

Il y a entre le langage musical et chorégraphique un scintillement. Ces deux langages glissent dans le sens du temps, du passage et de la transformation. Les hybridations actuelles, les modifications majeures dans l’instrumentation, (production électronique et numérique du son) ouvrent la création d’une scène sonore mondiale qui suit nos vies au plus près des corps. Le son a des propriétés de pénétrations d’expansions d’ubiquité et de réverbération considérables.

Nous avons enregistré des ambiances sonores qui favorisent des agencements rythmiques, mélodiques et harmoniques en lien direct avec la tension de l’espace du plateau, mais aussi « du bruit du monde », dans la transformation permanente de nos vies et de nos villes. Cette partition sera dans des ponctuations particulièrement étudiées avec les matériaux chorégraphiques, les « phrasés » des danseurs comme une chambre d’écho. Le son pour emporter la forme, lui donner de l’ampleur, des épaisseurs, des vibrations, des ondulations, multiplier les écoutes, les ententes, les auditions polyphoniques pour accompagner la multiplicité des points de vue, d’écoutes sur les mondes tout autour.

Ces deux langages, musicale et chorégraphique, suivront parfois une même vibration en rapprochant l’expérience sonore et la sensation visuelle, parfois se séparant pour créer une discontinuité, des ruptures, bifurcations, répétitions et dédoublements pour proposer une écoute engagée.

A comme agencements et anticipations

“Le monde ne repose sur rien et c’est là le plus vif de son sens”

La pièce formulera des hypothèses sur les relations entre mouvements et inertie, sur la plasticité du temps et des espaces, sur les effets de seuils, de résonances, de liaisons qui glissent les uns vers les autres et qui parfois nous donnent soit la sensation d'être plongé dans le déplacement constant, soit l’impression d'être sur les bords du temps .

S’interposer, se frayer, interférer, s’entr’appartenir, cette pièce sera une écoute, un entretien, une pièce de relations sur les transformations du temps et sur le monde en devenir. Les vitesses seront comme des fils conducteurs, vitesses d'évasions, de réactions, minimales, de transmissions, vitesses limites, vertiges et virtuosités, tout autant que points d'abîmes. Dans le frottement des registres artistiques, des vitesses qui se multiplient, nous tenterons de suivre la naissance continuée du réel, son surgissement, aujourd’hui.

Sommes-nous par ces nouvelles poussées accélératrices dans un point de rupture où se produit un renversement de nos rapports à nos sociétés, tant sur le point individuel que collectif? Est-ce que le système technique, qui ne cesse plus de se transformer renforcera-t-il ce désajustement contemporain en désajustement limite? Ou bien ce là où nous sommes, comme le propose Jean-Luc Nancy, sera un désir qui résiste à la dévastation, dans le réglage des différences et des justes distances, en nous invitant non pas à explorer un territoire mais à opérer une mise en désordre. Questionner ce qui est hors de l’ordre, comme un dehors du temps au coeur du temps.



Frank Micheletti
 
Calendrier
4/2/2015 CCNBN, Caen
30/1/2015 Espace 1789, Saint Ouen
20/10/2014 jusqu'au 24 nov.: Tournée en Afrique: Madagascar, Éthiopie, Tchad, Mali, Burkina Faso, Mauritanie, Sénégal, Cameroun
16/10/2014 & 17, Scène Nationale de Besançon
15/10/2014 Arsenal, Metz
27/3/2014 Agora centre culturel PNAC, Boulazac
25/3/2014 Théâtre des sept collines, Tulle
22/3/2014 Théâtre des 4 Saisons, Gradignan
18/2/2014 Carré Magique, Lannion
15/2/2014 Biennale Danse Emoi, Limoges
11/2/2014 Théâtre des Salins, Martigues
1/2/2014 Festival Pharenheit au Volcan, Le Havre
30/1/2014 Espace 1798, Saint Ouen
28/1/2014 Passerelle, Gap
24/1/2014 Hippodrome, Douai
6/12/2013 Saint-Raphaël
3/12/2013 Espace Malraux, Chambéry
7/6/2013 Hanoï, Vietnam
4/6/2013 Surabaya, Indonésie
1/6/2013 Yogyakarta, Indonésie
30/5/2013 Jakarta, Indonésie
27/5/2013 Bandung, Indonésie
23/5/2013 Danz Festival Lëtzebuerg, Luxembourg
21/5/2013 La Croisée des Arts Pôle Culturel Provence Verte, Saint-Maximin
17/5/2013 Théâtre de la Méridienne, Lunéville
21/4/2013 Odessa, Ukraine
19/4/2013 Donestk, Ukraine
17/4/2013 Dnipropetrovsk, Ukraine
15/4/2013 Kharkiv, Ukraine
13/4/2013 Kiev, Ukraine
12/2/2013 au 16, Maison des Arts, Créteil
1/2/2013 Mâcon Scène nationale
29/1/2013 Manège, Maubeuge
11/12/2012 au 14 : Théâtre National de Bretagne, Rennes
4/11/2012 Arts Forum, Amman, Jordanie
15/9/2012 Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France
22/6/2012 CNCDC, Châteauvallon
22/5/2012 Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis- Espace Michel Simon de Noisy-le-Grand
12/4/2012 Théâtre Paul Eluard, Bezons
6/4/2012 & 7, Apostrophe scène nationale de Cergy-Pontoise
3/4/2012 Centre Culturel, Taverny
23/3/2012 Première : Espace Germinal, Fosses
12/3/2012 au 17 : Résidence à l'apostrophe scène nationale de Cergy Pontoise et du Val d'Oise
20/2/2012 au 4 mars: Résidence Espace Germinal de Fosses
14/2/2012 au 18 : Résidence de création, Théâtre Paul Eluard, Bezons
31/1/2012 Présentation du travail en cours, CNCDC, Châteauvallon
30/1/2012 Présentation du travail en cours, Forum, Fréjus
16/1/2012 au 3 fev.: Résidence CNCDC, Châteauvallon
25/10/2011 & 26, Présentation du travail en cours, KLAP, Marseille
20/10/2011 au 12 nov.: Résidence au CNCDC, Châteauvallon
12/9/2011 au 18 : Résidence à l'Espace Germinal, Fosses
5/9/2011 au 9 : Résidence au CNCDC, Châteauvallon
22/8/2011 au 2 sept. : Résidence au Ballet National de Marseille